Les précieux écrins de bois de Sara Favriau au Palais de Tokyo

Panorama de "La redite en somme, ne s'amuse pas de sa répétition singulière" de Sara Favriau au Palais de Tokyo

La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière de Sara Favriau au Palais de Tokyo © Jules Viera

Elle dévale les escaliers du Palais de Tokyo avec les mains dans les poches et navigue sereinement entre les visiteurs qui se contorsionnent pour observer ce qui se niche dans ces sculptures de bois. Dans la galerie Wilson de ce haut lieu de l’art contemporain, Sara Favriau a disposé cinq frêles cabanes en épicéa douglas, abritant plusieurs œuvres d’artistes invités, et reliées entre elles par des passerelles. Derrière ses faux airs de casse-tête ou de formule mathématique, « La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière » désigne donc cette installation aussi monumentale que fragile. « Ce titre me permet de ne pas désigner les choses directement et d’ouvrir certaines portes » explique la diplômée des Beaux-Arts de Paris, doublement distinguée en 2014 du prix des amis du Palais de Tokyo et du prix de la meilleure installation de la YIA Art Fair.

 

Une réflexion sur la monstration

Malgré leur ressemblance, ces cabinets de curiosité ne se répètent pas, variant à chaque fois légèrement de forme et de construction. Ces écrins de bois taillés, sculptés, et assemblés brouillent les pistes entre le contenu et le contenant, le précieux et le commun. « J’ai choisi ce bois douglas pour sa couleur rose particulière mais aussi parce qu’il est imputrescible, ce qui permet de présenter l’installation également en extérieur » justifie Sara Favriau. Ajourées, ces cabanes désignent à la fois leur précarité et l’espace qu’elles délimitent. Les passerelles qui les relient entravent également le passage, empêchant les visiteurs de faire le tour de chaque réceptacle pour en découvrir les trésors : un écran diffusant un paysage filmé au super 8 (de Yasmina Benabderrahmane), des peintures sur soie surréalistes (de Jérémie Paul), ou encore un manteau de marin abandonné sur une chaise (de Solenne Capmas). À la fois offerts et dérobés, ces objets d’art entraperçus forment une réflexion sur la monstration. « Plutôt que de les voir frontalement, on essaye de les chercher, de les découvrir d’une autre façon. Tous les points morts et les points de vue ont été réfléchis » révèle l’artiste.

  • Installation de Sara Favriau au Palais de Tokyo © Jules Viera

Une mise en abyme de l’œuvre d’art

L’installation dessine un îlot pur et évoque ainsi un terrain de jeu d’enfant, inaccessible par l’adulte. « Mais cela réalise moins une utopie qu’un huit clos. Une mise en abyme de l’œuvre d’art. Pourquoi une sculpture n’accueillerait pas d’autres œuvres d’art ? Comment peupler le vide à partir de l’art ? » interroge-t-elle. La plasticienne ne se contente pas de détourner ces objets mais se plait à les contourner et les retourner, à les plier ou à en entraver la perception. Sara Favriau donne à imaginer ce que les œuvres révèlent en se cachant, entre exhibition et dissimulation. En invitant les visiteurs à une projection mentale plutôt que physique, elle nous renverrait presque à notre propre enfermement grâce à ces cages inversées. À partir de ce paradigme de la transparence et de l’obstacle, Sara Favriau développe toute une économie du désir qui questionne la place de l’art.

 

La redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière, de Sara Favriau à la galerie Wilson du Palais de Tokyo (13 Avenue du Président Wilson, 75116 Paris). Artistes invités pendant toute la durée de l’exposition : Fabien Saleil & Pia Rondé, Marine Class, Charles Henry Fertin, Jean-Michel Alberola. Session 1 – 19 février – 28 mars (commissaire : Sara Favriau) : Julie Abravanel, Cécile Beau, Yasmina Benabderrahmane, Solenne Capmas, Charlotte Charbonnel, Coraline de Chiara, Mijin Kim, Fanny Michaëlis, Jérémie Paul, Benoît Piéron, Nathalie Régior. Session 2 – 2 avril – 16 mai (commissaire : Cécile Welker) : Lyes Hammadouche, Tomek Jarolim, Quentin Lefranc, Cyprien Parvex de Collombey.

 

Anthony Vincent



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