La Confidentielle du YIA Art Fair

Au cœur de Paris, nichée au Bastille Design Center, un ancien bâtiment industriel du XIXe siècle, s’est tenue du 27 au 29 mars la deuxième édition de la Confidentielle. Ce salon d’art contemporain à échelle humaine s’impose comme un préambule, d’envergure et pourtant intimiste, au YIA Art Fair qui s’installera pour sa 5e édition au Carreau du Temple du 22 au 25 octobre prochain. La sélection pointue de Romain Tichit, le fondateur du YIA, et des commissaires et curateurs invités Arnaud Deschin, Loup Sarion et David Rosenberg, permet ainsi de découvrir les talents confirmés de l’art contemporain de demain et qui forment déjà une belle famille.

Chaleur humaine

À la différence d’une foire traditionnelle alignant les stands de différentes galeries, la Confidentielle laisse les œuvres des artistes communiquer entre elles. La proximité d’univers artistiques distincts permet de complimenter les spécificités de chacun, mais aussi de donner naissance à des contrastes impressionnants. Ce qui touche encore plus, ce sont les artistes présents pour parler de leur œuvre, disponibles pour partager leurs expériences les plus intimes.

Sur trois étages, une cinquantaine d’artistes, galeristes et curateurs se mêlent aux visiteurs pour discuter et expliquer leur démarche. On a pu croiser au rez-de-chaussée, les aquarelles faussement naïves de Stella Sujin, artiste sud-coréenne qui met en scène la spiritualité, la maladie et le mourir. Au premier étage, l’artiste français Romain Vicari, représenté par la galerie Dohyanglee, s’approprie les bâtiments en travaux pour y installer son atelier éphémère et réaliser des œuvres faites avec des matériaux de chantier. Au sous-sol, Andrés Ramirez, de la galerie See Studio, propose un dessin numérique lunaire sur plexiglass,  dont le cadre replié sur lui-même, comme éclaté, le rapproche de la sculpture.

Au plus près des artistes qui savent communiquer leur passion, se dégage une chaleur humaine, la sensation d’assister à l’éclosion d’une carrière. Car comme l’explique le Pygmalion Romain Tichit, « le début d’un parcours artistique et d’une collection d’art se fera toujours de façon confidentielle ».

Focus sur Rachel Marks

Rachel Marks

© Erinna Fourny

L’expérience du langage et de la musique sont les mots d’ordre du travail de Rachel Marks. Vous arroserez le tout d’une bonne dose de hasard et à coup sûr, vous pourrez discerner son identité pétillante !

Bien avant de devenir artiste, Rachel était un petit rat de l’opéra, dans une compagnie aux États-Unis. Sa première rencontre avec l’Art lui vient de la danse. Très jeune, son corps s’exprime à travers l’expérience du son. Ce n’est donc pas une coïncidence si aujourd’hui, Rachel fait des sonorités son cheval de bataille.

Dans un moment difficile de sa vie et sur un coup de tête, elle décide de partir en road-trip, munie de son sac à dos. Après 1500 kilomètres, elle pose les pieds à Washington DC, où il fait bon de se promener. Elle découvre cette ville, l’ambiance qui y règne, mais, elle ne sait pas encore que cette cité va la transporter ! Jusqu’au moment où elle fait une rencontre inattendue : un carton posé aléatoirement dans la rue estampillé « Free Music ». Impossible de ne pas être touchée « car j’avais besoin de me libérer et je trouvais ça très drôle de rencontrer cette boîte remplie de partitions, par pur hasard ». Elle s’empresse de le ramasser et réserve dans la foulée, une chambre d’hôtel. Sur le chemin, elle achète tout le nécessaire de peinture. Rachel le sent, ce besoin inopiné de s’exprimer est en train de bouillir en elle. Toute la nuit, elle n’a pas arrêté : « Je voulais garder cette libération de musique, prolonger leur vie et mettre ma tache dedans. »

D’un geste assumé, elle dépose des touches de peinture ici et là sur les partitions. Certaines notes de musique jouent à cache-cache, dissimulées derrière des couleurs franches et criardes. Elle plie les partitions en deux ou trois, les froisse, les retourne, se réservant à elle-même la surprise de les découvrir renouvelées. Ce lâcher prise total, cette part laissée au hasard, contraste avec le reste de son travail, d’ordinaire précis et minutieux. Moment crucial, lorsqu’elle ouvre ces partitions, Rachel Marks ne s’est pas encore à quoi s’attendre. Émerveillée, elle découvre leur nouvelle vie. Les tâches qu’elle a déposées reflète son état d’âme à cet instant précis, formant ainsi un autoportrait tout en couleur et en musique.

Focus sur Hubert Marot 

Cyanotypes d'Hubert Marot à la Confidentielle du YIA

© Hubert Marot

Dès l’entrée, l’ensemble frappe par sa majesté monacale. Cinq toiles immenses qui déclinent des nuances de bleu subtiles, mises en contraste par des jeux de froissés. On croit une seconde à de la peinture mais, pour les réaliser, Hubert Marot emploie une technique photographique du XIXe siècle : le cyanotype.

« Travailler le cyanotype, confie l’artiste français, c’est aussi s’interroger sur l’histoire de la photo ». À la manière des pictorialistes, ces photographes de la fin du XIXe siècle qui travaillaient la matière même de la photographie, les gestes qu’elle requiert, Hubert Marot se réapproprie le procédé physique de la photographie. En néo-pictorialiste, l’artiste met en valeur la plasticité de cet art, le velouté de la matière, plutôt que de représenter fidèlement un sujet donné.

« J’ai décidé dans ce travail d’utiliser le hasard comme un outil, de pousser le procédé [du cyanotype] à ses limites ». Ce procédé photographique monochrome négatif consiste à enduire une toile d’un mélange de produits chimiques qui deviennent photosensibles une fois secs. Après les avoir exposés aux UV du soleil, le photographe les rince pour qu’apparaissent enfin ces différentes teintes de bleus de Prusse et cyan. Le motif sur la toile tient donc davantage du photogramme, résultant d’une série de froissements et/ou d’objets apposés sur le support photosensibilisé.

L’artiste ne peut prédire le résultat de ses cyanotypes avec exactitude. Son sujet devient le procédé chimique lui-même, son geste et ses sensations qui s’incarnent sur la toile. Hubert Marot offre ainsi à la photographie abstraite toute sa sensualité.

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Les galeries invitées : Zahorian&Co Gallery (Bratislava), La Gad – Galerie Arnaud Deschin (Marseille), XPO GALLERY (Paris), Galerie Olivier Robert (Paris), Galerie Virginie Louvet (Paris), Galerie Jérôme Pauchant (Paris), Dohyang Lee Gallery (Paris), Galerie Patricia Dorfmann (Paris), Galerie Martine & Thibault de la Châtre (Paris), Galerie Sator (Paris), Galerie Sobering (Paris).

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Le YIA Art Fair se tiendra au Carreau du Temple (4 rue Eugène Spuller, 75003 Paris) du 22 au 25 Octobre 2015.

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Erinna Fourny & Anthony Vincent



Une réponse à “La Confidentielle du YIA Art Fair”

  1. […] Elle dévale les escaliers du Palais de Tokyo avec les mains dans les poches et navigue sereinement entre les visiteurs qui se contorsionnent pour observer ce qui se niche dans ces sculptures de bois. Dans la galerie Wilson de ce haut lieu de l’art contemporain, Sara Favriau a disposé cinq frêles cabanes en épicéa douglas, abritant plusieurs œuvres d’artistes invités, et reliées entre elles par des passerelles. Derrière ses faux airs de casse-tête ou de formule mathématique, « La redite en somme ne s’amuse pas de sa répétition singulière » désigne donc cette installation aussi monumentale que fragile. « Ce titre me permet de ne pas désigner les choses directement et d’ouvrir certaines portes » explique la jeune diplômée des Beaux-Arts de Paris, doublement distinguée en 2014 du prix des amis du Palais de Tokyo et du prix de la meilleure installation de la YIA Art Fair. […]

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