King Houndekpinkou, céramiste archéologue de l’âme de la terre

King Houndekpinkou vient prendre la température de ce premier jour de la foire d’art contemporain et de design centrée sur l’Afrique AKAA, quelques heures avant de livrer sa performance baptisée « La danse céramique ». Il parle comme d’autres chantent pour expliquer son travail. « Entouré d’autres amis artistes du Bénin, je présente deux œuvres sur le stand de la galerie parisienne Vallois » explique le jeune homme de 29 ans né à Montreuil de parents Béninois. Deux sculptures en céramique qui font fi des frontières géographiques en mixant différentes textures et provenances de matières.

« Tout au long de mon parcours, j’ai voulu travailler l’argile des terres de mes racines. C’était une manière de me reconnecter à mes origines africaines par la terre. » De là naît un projet artistique en forme de voyage, à l’autre bout du monde mais aussi au fond de lui-même. L’enfant fan de jeux vidéo japonais s’intéresse en grandissant de plus en plus à la culture du pays du soleil levant jusqu’à découvrir fin 2012 la poterie.

Syncrétisme des cultures par la terre

Une révélation qui réveille des sentiments profondément enfouis en lui et qui le conduit à franchir les portes de l’Atelier Mire à Paris pour s’initier auprès de la céramiste Kayoko Hayasaki. Après des cours du soirs auprès d’un autre professionnel, Grégoire Scalabre, à l’École des Arts et Techniques Céramiques de Paris (ATC), et une résidence dans la Creuse avec des potiers japonais du groupe Keramos (けらもす), King Houndekpinkou fait son premier voyage au Japon. « En perfectionnant ma technique là-bas, j’ai senti une forme de spiritualité émaner du travail de l’argile, qui faisait étonnamment écho à la culture animiste du Bénin. »

King Houndekpinkou, La Veuve noire, 2016 (Grès noirs et blancs, émail noir et rouge sang, dorures), et Vase sculptural rose à dorure, 2016 (Grès noir et blanc, fragments d’argile de Sè au Bénin, superposition d’émaux violet, magenta et bleu), présentés par la galerie Vallois (Paris, France)

King Houndekpinkou, La Veuve noire, 2016 (Grès noirs et blancs, émail noir et rouge sang, dorures), et Vase sculptural rose à dorures, 2016 (Grès noir et blanc, fragments d’argile de Sè au Bénin, superposition d’émaux violet, magenta et bleu), présentés par la galerie Vallois (Paris, France)

D’un continent à l’autre, il note une même recherche transcendantale de l’homme à travers la nature et ses quatre éléments. Il tire de ce parallèle inattendu entre son pays d’origine et son pays d’adoption l’occasion de mélanger les croyances et les cultures via la terre. « C’est pour cela que j’utilise des grès qui viennent de ces deux pays. Même si je travaille d’autres matières, celles qui me tiennent le plus à cœur sont l’argile béninoise de Sè et celle japonaise de Bizen. » Du mélange des terres au syncrétisme des cultures, il n’y a qu’un tour de poterie que King Houndekpinkou sait donner aussi bien avec ses mains qu’avec ses pieds. Le céramiste engage tout son corps dans la création, dans un rapport intime, charnel et minéral.

 

Les pieds sur terre #poterie #céramique

Une vidéo publiée par King Houndekpinkou (@king.houndekpinkou) le

 

 

Archéologie de l’âme

Son travail offre une nouvelle perspective aux dialogues interculturels, soulignant des points communs ignorés, à travers l’argile, « cette matière universelle qui nous unit tous », rappelle-t-il. « Travailler la terre revient à creuser en soi pour se trouver. C’est une sorte de connexion avec l’univers. » En résultent des créations à l’identité plurielle, où les matières communiquent, se contredisent autant qu’elles s’harmonisent. « Je travaille beaucoup les textures, notamment avec des abrasifs dans mes argiles. Sous l’effet de la chaleur de la cuisson à 1200° au four, elles prennent alors vie de façon explosive », décrit le céramiste qui ne peut prédire précisément les formes qu’il obtiendra. Celles-ci s’avèrent pleines des tensions qui habitent l’artiste.

« Quand on dialogue avec le feu et la terre, il y a toujours une part d’imprévisible qui surgit, des parties de soi que l’on ne soupçonnait pas. La terre absorbe beaucoup de choses. En la consultant, nous pouvons apprendre beaucoup sur notre propre histoire. » King Houndekpinkou défend ainsi l’idée d’une terre intelligente, à la mémoire immémoriale, qu’il se charge d’exhumer en archéologue animiste. L’art et la manière de faire surgir l’âme dans la matière.

King Houndekpinkou sera prochainement exposé du 30 mars au 2 avril à la Art Paris Art Fair, au Grand Palais, avenue Winston Churchill – 75008 Paris.

Anthony Vincent



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