Interstices – Résistance à la Générale

 

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Nous avons rencontré l’équipe Interstices, rejoint par Manifart, le dernier jour d’une longue semaine d’exposition sur les lieux de la Générale pour l’évènement Résistance. L’article qui suit est composé à partir de propos tenus par les membres des collectifs Interstices et Manifart, lors de cette rencontre.

La fonderie VTF a conçu un caractère typographique résistant pour l’occasion. Les recherches sémantiques et les’échanges avec les étudiants des Arts Decoratifs de Paris ont fait naître le concept suivant : « Faire résistance, c’est donner forme au monde en lui faisant obstacle. ». Afin de refléter au mieux l’énergie présente lors de cet évènement , cet article devait à l’origine utiliser la typographie en question. Finalement, l’équipe Interstices a récusé son utilisation et nous avons souhaité respecter leur travail.


Interstices, se nourrit d’influences uniques et de contributions précieuses.

Interstices est d’abord un projet de design graphique et d’identité visuelle, réunissant Alexandre Liziard et Étienne Ozeray, étudiants à l’École national des arts décoratifs de Paris.

Alexandre s’interrogeait sur l’adoption d’une pratique saine face au conformisme d’un enseignement voué au « beau », à la mode et à l’élitisme. Cherchant à se démarquer des conventions, le collectif Interstices contribue aujourd’hui, sur différents « chantiers », à la richesse des cultures alternatives. Ces jeunes artistes affirment l’existence d’une culture libre et mouvante.


En prenant conscience de l’émulation artistique qui naissait des soirées, ils ont mis en communs leurs outils et ont rejoint Octave Giaum, Erwan Soumhi et Thierry Korps, membres de Manifart. Les collectifs ont su créé un lien entre art et fête et sont intervenus sur de nombreux évènements,

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Le weekend dernier Alexandre, Étienne, et l’association Manifart se sont réunis pour organiser un « salon d’écoute et de lecture » au fond d’un couloir, en marge de l’exposition Résistance. L’événement avait lieu à la Générale. Cette centrale électrique, évoque bien sûr l’idée d’une gigantesque résistance électrique.

 
La Générale - Paris (France)

Par ailleurs, la générale s’est donné pour mission de « fabriquer des cultures » et donc de « diffuser du savoir ». Et justement, le collectif considère la transmission du savoir comme un forme de résistance. Paul Karl Feyerabend est l’une de leurs référence en matière de transmission de savoir.

 

« L’anarchisme épistémologique défend une conception politique du savoir (la transmission et la détention de la connaissance sont des enjeux politiques) et il défend une conception épistémologique du politique (la politique est toujours liée à des problèmes de partage, de construction et de diffusion des connaissances et des idéologies). »

« La connaissance comme problème politique » (L’anarchisme epistémologique, Paul Karl Feyerabend)


Les propos d’Interstices//et de Manifart sont naturellement liés au thème de la « résistance » . Pour se définir, Interstices met cette phrase de Nicolas Bourriaud, en exergue sur leur site internet .

 

« L’interstice est un espace de relations humaines qui, tout en s’insérant plus ou moins harmonieusement et ouvertement dans le système global, suggère d’autres possibilités d’échanges que celles qui sont en vigueur dans ce système. »

Nicolas Bourriaud, Les presses du Réel

 

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Leur installation est un dispositif d’écrans de télévisions et de haut-parleurs, diffusant des oeuvres du domaine public. À l’idée de bien commun, vient s’ajouter une réflexion autours de la Culture Libre. Le propos est illustré par des affiches à la typographie libre, des textes philosophique et des manifestes.

 

 

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Les assemblages de panneaux en bois et le dispositif illustrent l’esprit Do It Yourself. Du piratage à la transmission du savoir, tout est axé sur la Résistance.

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Internet permet une liberté d’accès à la culture qui est très discutée, à l’échelle européenne, entre l’OMPI et des acteurs importants, comme Julia Reda députée du Parti des pirates. En facilitant l’accès à certaines œuvres, les artistes incitent à une remise en question du principe de protection de la culture, et mettent ainsi en évidence l’influence du droit et de l’économie sur la culture.


filename-1(2)Interstices et Manifart sont concernés par le sort de la Culture Libre, notion amenée par Lawrence Lessig dans son livre Free Culture. La Culture Libre repose sur la possibilité de réutilisation, de modification et de redistribution d’oeuvres de l’esprit. Le dispositif s’inscrit dans cette démarche et permet au spectateur d’intéragir avec l’environnement.

Ils s’inscrivent eux-mêmes dans cette logique de réutilisation en utilisant des contenus libres de droit, comme les images du film Volem rien a foutre al pais de Pierre Carles.



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Lorsque vendredi soir la fête battait son plein, l’imprévu s’est retrouvé au cœur du dispositif. L’environnement est habité par une tension qui peut basculer à tout moment.

« On se retrouve à faire des dispositifs qui peuvent très rapidement basculer sur quelque chose de festif » observe Octave. Pour Alexandre «  l’environnement s’adapte à la tension qu’il y a dans l’espace ».


La fête occupe un lieu où tout leur médiums peuvent se croiser : habillage, scénographie, communication, musique, vidéo. Elle est une base de réflexion sur l’objet et permet un grand nombre d’expérimentation dans l’espace.


Après avoir fréquentés les lieux interdits des free party, l’équipe a formé, ce vendredi, une contre-soirée à l’écart du reste. Ils jouent avec les codes de la musique industrielle dans une démarche contestataire et subversive. Selon Étienne, « La fête et les espaces libertaires sont très liés. »

 


« Les affaires d’images scripturales sont comprises dans un projet d’oeuvre d’art total, dans une esthétisation de la vie elle-même. »

Thierry Chancogne, Le design graphique est-il un outil critique ?

Leurs créations « vivent » avec le temps et les gens. « On s’intéresse plus au processus de travail qu’à l’objet achevé » affirme Alexandre. Étienne lui voit leur travail comme un « work in progress », il évoque même l’idée d’un « laboratoire » qui vit d’interactions et de discussions permanentes.


Le site internet, http://www.interstices.io, « se positionne dans le temps et à travers les gens», en constituant une plateforme d’archive de leurs « chantiers » et en offrant la possibilité de commenter.


Lors de notre rencontre, l’équipe pensait déjà à leur prochain chantier, considérant celui-ci comme la « trace d’un travail qui a été réalisé en cours de route, d’un parcours qui a déjà eu lieu ». Chaque rencontre génère de la création, à un autre niveau. La mémoire est le fil conducteur de ce processus de création continue. Le lieu intervient, lui, comme un élément perturbateur, car il varie.

 


Nous pensions qu’il serait intéressant de faire un article sur Interstices. Finalement, nous avons aussi parlé de Manifart qui eux-même font appel à des plasticiens, des architectes, des designers, des musiciens, réunion naturelle de sensibilités partagées.

 

N.B. : La police d’écriture Résistance est sous licence libre (SIL OFL) et s’inscrit dans une démarche de création participative. Le contenu de l’article est également réutilisable et modifiable.

 Felix Aknin

 

 

 

 

 

 

 



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