Capucine Vandebrouck, sculptrice de lumière à la Galerie du Haut-Pavé

Éclairées par les lumières qui bordent la Seine, les œuvres de Capucine Vandebrouck brillent par leur troublante transparence. Dès l’entrée de la Galerie du Haut-Pavé, une fine membrane de plastique fixée au mur se métamorphose sans bouger en fonction de l’éclairage. « À mesure que l’on tourne autour de l’installation, les microparticules de la bande de PVC radiant réfractent la lumière » susurre l’artiste à la voix claire, presque liquide. Vert, bleu, rose, les couleurs ondoient comme sur la carapace d’un scarabée sur cette matière iridescente qui semble venue d’une autre planète. En son centre, pèse une roche obscure aux allures de météorite de verre : le cofalit, issu de la vitrification de déchets amiantés. Cette alliance chimique, pour ne pas dire chimérique, donne le ton de l’exposition collective réunissant les travaux de Capucine Vandebrouck, Emilie Dusserre et Julien Toulze, les lauréats du Prix indépendant de la Galerie du Haut-Pavé pour la 66ème édition de Jeune Création.

Au milieu des galeries qui parsèment la capitale, celle du quai de Montebello affirme sa singularité depuis soixante ans en offrant aux jeunes artistes l’opportunité d’organiser leur première exposition. En s’alliant avec le collectif associatif Jeune Création, ce lieu intimiste poursuit sa mission de défrichage, loin des effets de mode et des lois du marché de l’art en pleine accélération. Grâce à l’engagement associatif bénévole de ses adhérents, la galerie d’essai peut porter un regard à la fois critique et bienveillant sur les jeunes artistes, dont Capucine Vandebrouck. « Pour cette exposition collective, les choses se sont faites assez naturellement avec les deux autres lauréats dans ce petit espace où nos œuvres ont facilement trouvé leur place » raconte celle qui parvient à sculpter la lumière, figer des métamorphoses en cours et offrir du mouvement aux pierres.

Alchimie entre science exacte et poésie de l’aléatoire

Les plâtres triangulaires imbibés d’encres indigo d’Émilie Duserre et le film spatial de Julien Toulze projeté par flashes dans un coin de la galerie renforcent l’aura extraterrestre des installations de Capucine Vandebrouck. Pourtant, l’artiste s’inspire principalement de matières et de phénomènes naturels : « Lors d’une résidence de six mois à Montréal, dans les Laurentides, je n’avais autour de moi que de la neige et de la glace. Je vivais dans un chalet qui disposait d’un labo photo mais je n’avais pas de négatif. Le seul moyen pour faire des photos était grâce à la lumière directe d’un agrandisseur pour réaliser des photogrammes de la seule matière première disponible autour de moi : l’eau », se remémore la sculptrice diplômée de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en 2011. En plaçant des gouttes, des morceaux de stalactites ou de la buée sur une surface photosensible et en l’exposant ensuite à la lumière, elle a pu capturer cette substance sous toutes ses formes, La Mémoire de l’eau de son état solide à liquide en passant par son évaporation. « J’essaye de rendre visible des choses éphémères, impalpables ou invisibles, par la photographie ou par des projections de lumière », explique-t-elle. Entre science exacte et poésie de l’aléatoire, son travail donne voix à la nature, sa part d’imprévisible et d’accidentel, dans un processus de co-création au flou maîtrisé.

La Mémoire de l’eau, 2015, photogrammes d’eau, de glace, de buée sous verre, dimension variable. Photographe: Camille Roux.

La Mémoire de l’eau (2015) photogrammes d’eau, de glace, de buée sous verre, dimension variable © Camille Roux

L’insoutenable légèreté du réel

Capucine Vandebrouck ne sculpte pas seulement une matière tangible mais aussi la perception que l’on peut s’en faire. Elle met en tension la réalité et sa représentation, comme avec sa Camera Obscura. « Posée à la verticale contre un mur, une lentille de Fresnel reflète l’image de l’extérieur à l’intérieur, selon le même principe des chambres noires utilisées par les peintres au XVIe siècle pour mettre en perspective des paysages » décrit-elle. Ce clin d’œil à la peinture se matérialise par le châssis, normalement utilisé pour des tableaux mais qui permet ici d’accrocher la loupe au mur. Grâce à des procédés chimiques ou optiques, l’artiste met en évidence l’interstice entre le réel et la réalité, l’écart entre l’objectivité du concret et sa lecture subjective. En jouant avec le net et le flou, l’opaque et le transparent, elle donne ainsi naissance à des sculptures moins contemplatives que vivantes, perpétuellement en cours, et questionne finalement les limites de notre regard.

Camera Obscura 2, 2014, châssis et loupe, 50cm x 50cm x 45cm

Camera Obscura 2 (2014) châssis et loupe, 50cm x 50cm x 45cm © Capucine Vandebrouck

Exposition collective de Capucine Vandebrouck, Émilie Duserre et Julien Toulze à la Galerie du Haut-Pavé (3 quai de Montebello, 75005 Paris) du 3 au 29 mai 2016. 

Anthony Vincent



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